NOISY-CHAMPS : LE LABORATOIRE DE L’INTIME

(2019 – 2021)

 

 
Chroniques d'une métamorphose 

Cet appartement de Noisy-Champs, suspendu entre ciel et bitume, n’est pour d’autres qu’une escale. Pour moi, il est devenu un sanctuaire expérimental. Ici, le silence n’est pas un vide, mais une permission : celle du lâcher-prise. Entre ces murs, mon corps s’allège enfin du poids des attentes sociales, de cette « ligne conductrice » invisible qui, au dehors, dicte nos gestes et uniformise nos identités.

Ce voyage immobile me ramène dix ans en arrière, sous la lumière de Kinshasa. Là-bas, j’esquissais déjà les premiers traits de cette exploration à travers mes tout premiers autoportraits. La chambre d'alors était déjà ce laboratoire où je cherchais à traduire en image ce que mon crayon dessinait sur le papier. Aujourd'hui, à Noisy, la quête est la même, mais la chair a pris de l'assurance. Je renoue avec cette nécessité viscérale : sculpter un corps sur mesure, une architecture d'identité nourrie de mes nuances les plus secrètes.

Chaque session est un rituel de réappropriation. Mes postures sont les échos vibrants des silhouettes féminines qui peuplaient mes cahiers d'adolescent. À l’époque, mes doigts traçaient des robes sur le papier ; aujourd’hui, c’est ma propre présence que je compose, drapée de tissus ou de perruques qui sont autant de fragments de vérité retrouvés.

Le protocole est immuable : > L'appareil est posé, tel un témoin silencieux. Le retardateur s'enclenche — un compte à rebours vers soi-même.

Puis, le déclic.

Une autre tenue, une autre parure, une mimique étudiée, un regard qui s'apprivoise.

Chaque déclic est une répétition méthodique, une chorégraphie de l'intime commencée il y a une décennie. Je sculpte mes gestes, je les polis, je les apprivoise. Ce n'est plus seulement une image, c'est une libération : un entraînement nécessaire pour que, demain, cette vérité puisse enfin s'exposer, sereine et consciente, à la lumière crue du grand jour.


 

 


 

Commentaires

Articles les plus consultés